Musées

leurs scènes

&

Reconstitutions historiques

Musées et leurs scènes 2017-05-11T11:06:58+00:00

« Le concept »

De tous temps l’homme a cherché à fixer sa propre représentation; son homologue factice l’a toujours fasciné.
Mener cette image jusqu’au seuil de l’ambiguïté, à la limite trouble du faux qui s’incarne, a hanté bien des esprits au cours des siècles. Cette tentation de confondre la nature et son double a trouvé, dans les personnages de cire, des voies suggestives.
La fixité et le silence d’un musée de cire offre au visiteur, à la fois, un spectacle immédiat, une pâture compacte au regard et une liberté de laisser l’esprit vagabonder, une échappée vers le fantasme. Sans le barrage des mots, l’impact visuel canalise et invite.
Pour que l’illusion s’exerce vraiment, l’image doit être parfaite : aucun défaut, aucune maladresse, aucune raideur dans l’aspect, le geste ou l’attitude, ne doivent entraver ou perturber le cours intime de ce fantasme.
La cire relève un peu de la magie. D’une part, elle abolit le temps et l’histoire en les immobilisant, d’autre part, la matérialité des personnages et des décors saisit le visiteur et lui permet, mieux que tous les discours, de percevoir, d’assimiler les événements, les climats, qui donnent de l’épaisseur à l’histoire, presque du « vécu ». La divagation de l’imagination se nourrit de cette présence, surtout lorsque les représentations rejoignent les grands épisodes du passé, les racines du patrimoine culturel populaire, dont on sait qu’il est fondé sur des permanences, des continuités, des sympathies bien vivaces.
Le musée de cire concilie une vraie pédagogie, un spectacle troublant, un plaisir aux facettes multiples et une ouverture vers le rêve ou l’imaginaire.
Depuis de nombreuses années, le musée de cire a perdu de son attrait, de son pouvoir de captation : personnages mal caractérisés, psychologie inexistante des personnages, anachronismes ou invraisemblances historiques et surtout qualité « incertaine » des représentations des matières et des objets.
Il importe de redonner à ces figures et à leur représentation la qualité qui était la leur au 18ème siècle, en tenant compte des acquis et de l’esprit de notre siècle.
Il faut redonner envie de « voir » l’histoire, de s’en imprégner, de s’en pénétrer. Il faut de la rigueur et de l’imagination.
Un musée de cire doit être vivant.

DANIEL DRUET